Le goût de l’autre : Français et migrants dînent à la même table

Une fois par mois, Nathalie Baschet, de l’ , organise, à Paris, un repas réunissant des Français et des migrants. Son dessein : défendre le bien-vivre ensemble et rassembler des personnes qui ne sont pas forcément amenés à se croiser, au départ.

Le mois dernier, un Malien a préparé un couscous tunisien. Une vingtaine de personnes l’ont dégusté dans une salle de la mairie du 4e arrondissement de Paris. En janvier, une Haïtienne avait concocté un plat de son pays, un riz djon djon (aux champignons et aux petits pois) pour les curieux venus à cette soirée mensuelle, organisée par l’association Réseau chrétien-immigrés (RCI), un mouvement qui accueille les migrants et accompagne les sans-papiers (cours de français et aide administrative). C’est d’ailleurs bien le but de cette opération baptisée Le goût de l’autre.

Chaque dernier jeudi du mois (excepté en août et en décembre), l’association invite des Français et des étrangers dits « migrants » pour partager un repas mixte. La formule est française, elle est composée d’une entrée, d’un plat et d’un dessert. Les bénévoles du programme Le goût de l’autre préparent le premier et le dernier plat, tandis qu’une personne qui vient d’ailleurs s’occupe – donc – du plat principal. « La formule du menu symbolise l’accueil des migrants en France », explique Nathalie Baschet, qui a confectionné les plats français jusqu’à la fin de l’année dernière. Et cela, depuis la naissance du projet, en 2008.

Restaurant éphémère souvent complet

Au nom du RCI, celle-ci organisait, à l’époque, des cours d’alphabétisation et de français, langue étrangère. Nathalie Baschet, actuellement enseignante et formatrice pour des expatriés japonais, raconte qu’elle avait « sympathisé avec de nombreux migrants et sans-papiers ». Tous se retrouvaient régulièrement pour fêter la régularisation des uns et des autres « autour d’une table », se souvient cette féru de cuisine. C’est ainsi que l’idée d’organiser régulièrement un repas dans un lieu public, pour tenter de promouvoir le bien vivre-ensemble, apparaît. Nathalie Baschet propose le concept à la mairie. L’élue de l’époque, Dominique Bertinotti, qu’elle connaissait, accepte avec plaisir.

Huit ans plus tard, le concept n’a pas varié. Ce jeudi 31 mars, une Sud-Coréenne va préparer un plat de chez elle et le fera découvrir aux inscrits. Le principe continue de plaire. Le restaurant éphémère affiche souvent complet (20/25 personnes en moyenne). Et il faut parfois attendre un ou deux mois avant de pouvoir dîner.

Toutes les nationalités

Mais qui saute le pas ? Au départ, essentiellement, les membres du réseau de RCI, ainsi que les migrants qui bénéficiaient des cours de français et des accompagnements juridiques. Or, petit à petit, le cercle s’est élargi à des personnes ne fréquentant pas l’association. En tout cas, d’après elle, certains, après avoir goûté à un dîner, veulent revenir.  « Car c’est convivial, poursuit Nathalie Baschet, nous dressons une grande table, mettons de la musique et demandons à ce que chacun ne s’assoit pas à côté d’une connaissance. » Durant la soirée, les chefs d’un jour – bénévoles et non-professionnels – peuvent même discuter de leurs recettes. Que chacun peut ensuite retrouver sur le blog Le goût de l’autre.Les discussions sont animées, l’échange intéressant et enrichissant. « Les gens qui viennent sont ouverts et sensibilisés, mais cela leur permet de rencontrer des personnes qu’ils n’auraient pas forcément croisées dans leur vie », souligne Laure Mardoc, qui accompagne Nathalie Baschet – à l’organisation – depuis quelques temps (en vue de lui succéder, bientôt).

Le but de l’opération : abattre les clichés négatifs sur l’autre. « Non, un migrant n’est pas uniquement une personne originaire d’un pays pauvre du Sud », insiste Nathalie Baschet. Il peut provenir de tous les continents, et même d’un pays limitrophe de la France : « Depuis le début, frappent à notre porte des personnes de toutes les nationalités ». D’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie centrale, notamment. Tandis que Nathalie Baschet voyait au départ de nombreux Maliens, elle croise désormais quelques Européens de l’Est. Et des Syriens, arrivés fraîchement en Europe, y en a-t-il davantage en ce moment ? « Non, pas spécialement, explique-t-elle,puisque ceux qui dînent avec nous sont déjà un peu installés ». En effet, ce n’est pas la première chose à laquelle on pense quand on vient d’arriver sur le sol français…

par Philippe Lesaffre

Pour en savoir plus : http://www.respectmag.com/

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