St Louis, au delà du mythe

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Le Saint-Louis de Mainneville ouvre l’exposition de la Conciergerie (vers 1305-1310, église Saint-Pierre). © Matthieu Stricot

 

Il y a 800 ans, en 1214, naissait Saint Louis, roi de France de 1226 jusqu’à sa mort en 1270. Le règne de Louis IX fut l’un des plus marquants du Moyen Âge. Un rayonnement renforcé par sa canonisation en 1297. Mais quel homme était-il ? Comment liait-il sa foi et son pouvoir ? Comment sa personnalité a-t-elle marqué l’art de l’époque ? Jusqu’au 11 janvier 2015, l’exposition « Saint Louis » à la Conciergie, à Paris, présente ce grand personnage de l’Histoire de France.

 

« Il est le roi des rois de la terre. » Cette citation du moine anglais Matthieu Paris (v. 1200-1259) accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition consacrée à Saint Louis à la Conciergerie, à Paris. Né il y a 800 ans, en 1214, Louis IX fut un souverain exceptionnel.« Peu de rois ou de princes ont laissé une telle empreinte dans le patrimoine français », affirme Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux.

Mais, au-delà du mythe, qui était l’homme ? « Pour y répondre, nous sommes partis du Saint Louis de l’historien Jacques Le Goff », explique Pierre-Yves Le Pogam, commissaire de l’exposition. « Il avait écrit son livre à la suite d’un article intitulé “Saint Louis a-t-il existé ?”. Il ne remettait évidemment pas en question l’existence d’un roi aussi puissant. La question était plutôt : Que savons-nous de l’homme réel derrière les filtres de l’Histoire ? »

L’exposition remonte le temps, du mythe à l’homme en passant par la canonisation. Pour commencer, la statue de Saint Louis de Mainneville, datée du XIVe siècle. « C’est une image idéale du roi, en tenue de sacre, qui met l’accent sur sa majesté », explique le commissaire. Une série de tableaux du XIXe siècle, réalisés par le peintre symboliste Alphonse Osbert, illustre comment « l’exemple de Saint Louis permettait alors de légitimer la “mission civilisatrice” de la colonisation ».

L’an 1297 est marqué par la canonisation du roi. « Elle fut déterminante dans l’intérêt des autres souverains pour Saint Louis. » Des reliques indirectes témoignent du culte voué au saint souverain : sa chemise, un cilice, le reliquaire de la Sainte-Épine…

Le visiteur découvre ensuite l’homme et sa famille. Un manuscrit de sa mère, Blanche de Castille, la petite Bible de Saint Louis, un recueil de psaumes appartenant probablement à sa fille Isabelle… Les objets rappellent les liens entre la foi et le pouvoir du roi.

Le fondateur de la Sainte Chapelle

Le caractère religieux du règne de Saint Louis est mis en valeur dans la deuxième partie de l’exposition, « du royaume terrestre à la Jérusalem céleste ». « Saint Louis s’identifie à la fois aux rois de Juda et aux rois mérovingiens ». En témoigne, pour ces derniers, la statue du roi Childebert. Si sa barbe fait référence aux premiers rois francs, le manteau et le sceptre le rapprochent d’un roi du XIIIe siècle.

La charte de fondation de la Sainte Chapelle vient rappeler l’attrait du souverain pour la Terre Sainte. Saint Louis a construit l’édifice afin d’abriter la Couronne d’épines qu’il avait acquise en 1239. « Mais son intérêt pour les reliques n’était pas égoïste. Pour lui, le roi doit être à l’image du Christ ». Il distribue des épines à ses amis. À l’abbaye d’Assise, notamment. « Sa spiritualité est guidée par la passion pour aller dans les pas du Christ. Elle est la raison de sa croisade », ainsi que l’illustre un manuscrit célébrant la conquête de Damiette, en Égypte, en 1249.

Un roi passionné par les arts

L’un des premiers exemples de Bible en français manifeste la floraison des arts sous le règne de Louis IX. « Les images y sont influencées par Byzance et le monde musulman », fait remarquer Pierre-Yves Le Pogam. Ce changement de style, des nouveautés iconographiques apparaissent aussi dans le Troisième évangéliaire de la Sainte Chapelle : « les quatre évangélistes y sont représentés sous leur forme humaine, sans leur symbole ». Les Franciscains eux-mêmes entendent être fidèles à la nature. Ainsi cette sculpture où Ève se distingue d’Adam par une poitrine apparente. « Pour la première fois, ils essaient de regarder le réel en s’intéressant à l’individualité. » De la même façon, la tête de saint Jean l’Évangéliste rappelle le pathos hellénistique. Elle fait judicieusement face à une statue de Vierge à l’enfant où se mêlent grâce et majesté. Le mouvement de la Vierge est perceptible.

Un démenti, donc, aux affirmations selon lesquelles « l’art de l’époque était un art d’équilibre ». Saint Louis a-t-il vraiment agi sur l’art de son temps ? « Saint Louis affirmait, il est vrai, que la principale qualité était la prud’homie, à savoir se comporter en homme moyen. Mais c’était au contraire un homme passionné. »

Son époque reflète sa personnalité. Celle d’« un roi animé par un souci intérieur, une angoisse : le désir d’aller vers le mieux », conclut le commissaire de l’exposition.

 

> Pour aller plus loin :

« Saint Louis », jusqu’au 11 janvier 2015, à la Conciergerie.
2, boulevard du Palais, 75001 Paris
De 9 h 30 à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu’à 20 h.
Billets à partir de 9,50 euros sur ticket.monuments-nationaux.fr
Infos au 01 53 40 60 80

 

Pour en savoir plus : http://www.lemondedesreligions.fr

 

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