Religions, interreligieux et développement : Semaines sociales de France

Voici l’intervention de Fadi Daou et de Samuel Grzybowski :

 

Et les onclusions pour la 90e session des Semaines sociales de France de Jérôme Vignon :

Chers amis,

Au nom des Semaines sociales de France et particulièrement de l’équipe de préparation de cette session à l’UNESCO, je voudrais d’abord vous remercier pour la réactivité dont vous avez fait preuve tout au long de ces trois journées. Nous avons souvent eu l’impression qu’entre vous et les intervenants, une véritable complicité s’était nouée comme si leurs propos, leurs méditations, leurs chants avaient touché en vous une forme d’harmonie.
L’apparition inédite de Marianne Sébastien sur notre scène en fut si j’ose dire un point d’orgue. C’est aussi le moment de rendre hommage aux membres de ce groupe de préparation animé par Elena Lasida et Christian Mellon, auxquels se sont joints Bénédicte Lamoureux (de la Délégation catholique pour la Coopération), Christophe Grannec (de l’Institut catholique de Paris), Marianne de Boisredon, Radia Bakouche (de Coexister), Hugues d’Hautefeuille, Marie Doubliez et Delphine Bellanger, Henri-Jérôme Gagey et Claire Sixt-Gateuille. Je veux ici rendre un hommage tout particulier à Henri-Jérôme Gagey auquel nous devons l’idée du fil théologique et qui l’a réalisé avec Claire.

Religions et cultures, ressources pour imaginer le monde : que retenir d’essentiel ?

Comme il arrive parfois lorsqu’on met en tension foi et société, le couple religions et monde sur lequel nous braquions notre projecteur est revenu en boomerang du monde vers les religions. Ce monde que nous entendions ré-imaginer nous est apparu dans une mutation intense et profonde. S’agissant de développement et d’environnement, on ne parle pas d’une crise, mais d’un bouleversement, d’un changement d’époque. Au fil des trois jours, notamment à l’écoute de Patrick Viveret, de Bernard Perret et ce matin encore de Yannick Jadot avec Mgr Monsengwo, nous en avons mesuré l’ampleur.

Ayant entendu ce que nous avons entendu, il ne nous est plus possible d’assister en spectateur. Nous sommes conviés à partager une forme d’angoisse caractéristique de notre époque. Elle résulte de la prise de conscience d’une responsabilité collective incontournable et de la difficulté à se résoudre à accomplir les arrachements nécessaires. Alors que les boussoles du changement climatique s’affolent, c’est le moment de redevenir « lecteurs des
signes des temps ». Car c’est seulement en s’immergeant dans le tourbillon du monde, en acceptant le dialogue avec tous ceux qui s’efforcent de concevoir une issue humaine à ces dangers que les religions et singulièrement la religion chrétienne peuvent porter leur fruit, se proposer comme ressource (cf. les propos d’HJ Gagey).

Nous avons, me semble-t-il, touché au cœur de cette ressource, lorsqu’avec Bernard Perret nous avons mieux compris le sens, pour notre époque, de l’espérance chrétienne. Elle s’exprime avons-nous dit comme une attitude prophétique qui conjugue la lucidité de la dénonciation des impasses, des abus d’appropriation, des exploitations insoutenables, et la confiance dans l’annonce de voies possibles, capable de faire advenir, face à l’inconnu de
l’avenir et aux défis inédits du présent, ce qui n’est encore qu’une promesse. Promesse à laquelle cependant nous nous abandonnons, confiants dans la richesse des coopérations auxquels tous les peuples et notamment les plus pauvres seraient amenés à s’associer. Cela se trouvait au cœur du beau témoignage de Charles Bertille qui m’a personnellement beaucoup touché par sa lucidité et sa simplicité.
Pas de parole qui dénonce sans une parole qui annonce.

En vérité c’est, alors que les dangers menacent, que les insuffisances de la gouvernance mondiale et même celle de l’Europe sont patentes et que nous peinons à organiser les réponses, c’est maintenant que l’espérance chrétienne prend toute sa valeur. C’est parce qu’elle conjugue au plus haut degré ces deux dimensions prophétiques de la dénonciation et de l’annonce que l’Encyclique Laudato Si’, vient à son heure, comme nous l’ont rappelé Monseigneur Monsengwo et Yannick Jadot. C’est aussi pour cela qu’elle est aussi susceptible de redonner le goût de l’avenir, ce goût indispensable pour retrouver comme l’a si bien exprimé Patrick Viveret, l’enthousiasme, la joie en nous de vivre.

Mais comment faire rentrer en dialogue l’espérance chrétienne et le goût de l’avenir qui habite chaque personne et chaque peuple ? Comment cette espérance peut-elle en effet devenir une ressource ? Notre session a exploré au moins trois grandes réponses à cette question.
La première se situe en conséquence directe de l’angle de vue que nous avions choisi pour cette session, celui des religions prises ensemble. La meilleure contribution que les religions puissent apporter face au besoin immense de développer un nouveau type de dialogue en vue de dégager un bien commun dans la diversité des cultures, c’est de mener jusqu’au bout cette sorte de conversation sans autre arrière-pensée que de se mieux connaître (cf. HJ Gagey). Quelle richesse n’avons-nous pas pressenti pour le vivre ensemble que ce « faire ensemble » des différents religions si fort présent dans l’expérience de Coexister ? Quelle paix, quelle joie n’avons-nous pas ressenti dans ce dialogue émouvant, presque fraternel né des questions de Luigino Bruni à Cheikh Bentounes et Philippe Cornu.
La seconde nous avait été rappelée par Claire Sixt-Gateuille dès le premier jour lorsqu’elle a caractérisé le regard chrétien comme celui qui se forme en se tenant près des pauvres et à leur écoute. Si tout se tient, la diminution des injustices, l’accès effectif de tous aux ressources essentiels pour une vie digne, sont une bonne nouvelle pour tous. Mais ce principe n’a de force que s’il trouve à s’appliquer dans une véritable proximité qui fait de l’expérience des pauvres une ressource de savoir. N’est-ce pas ce que la table ronde autour d’Elena Lasida nous a encore rappelé ?

Aussi grands que soient les défis, aussi modeste que soit notre contribution au mouvement collectif, l’espérance chrétienne ne trouvera enfin son chemin que si elle nourrit notre conversion personnelle. Il ne s’agit pas ici d’effet Colibri, ou de multiplication des pains, mais peut-être plus encore de ce passage par l’intériorité d’une conversion personnelle. Le croyant est appelé à devenir lui-même une ressource pour la société, ce qui implique qu’il
opère en lui-même un retournement et demande pour lui-même un pardon qui l’ouvre à une vie neuve. Les gestes que nous vous avons proposés, celui de l’accueil d’une personne inconnue, ceux de la célébration œcuménique avaient cette signification. De la même façon, les Semaines sociales ne manqueront pas de vous associer aux gestes de solidarité que la plateforme des Eglises pour la COP 21 va organiser d’ici décembre prochain.

Avec mes pauvres mots d’intellectuels, j’ai bien conscience d’avoir laissé filer dans mon filtre trop rationnel ce qui fut aussi, tout au long de cette session la manifestation évidente d’une ressource des religions, je veux dire leur aptitude à parler à la fois à l’esprit, à l’âme et au corps. Ce qu’Henri-Jérôme Gagey désignait comme leur corde esthétique et affective. Au moins voudrais-je au final nous rappeler ces papillons qui dansaient dans le ventre d’une jeune fille guarani au chant d’un violon de bidonville ; ce fou noir au pays des blancs qui nous a appris à éteindre les disputes sans raison ; ce Français qui savait chanter le tibétain de sa voix grave et mélodieuse. Autant de perles rares, de souvenirs que je garderai précieusement de cette session qui sera aussi la dernière que j’aurai eu l’honneur de présider puisque mon mandat, après neuf années, s’achève en mai 2016.

C’est aussi le moment je crois d’annoncer que le conseil des Semaines sociales, dans sa sagesse et pour permettre à mon successeur de se préparer, de ne pas débarquer dans un train déjà lancé à toute allure, a pressenti pour devenir présidente à cette échéance Dominique Quinio, bien connue de beaucoup d’entre vous en tant qu’ancienne directrice du quotidien la Croix. Ainsi Dominique Quinio aura-t-elle le temps de se préparer comme membre associée de notre conseil, pour se présenter au suffrage de notre AG en 2016, en pleine connaissance de nos projets et de son projet pour les Semaines sociales de France.

Le premier de ces projets est celui de la session 2016, dont je vous prie d’ores et déjà de retenir les dates, celles des samedi 19 et dimanche 20 novembre. Une session sur deux jours qui sera précédée de pré-sessions conduites par les antennes en régions, et qui sera consacrée au thème de l’Education comme un bien commun au-delà de l’Ecole : deux jours, l’éducation, deux bonnes raisons de tenter de rajeunir avec votre aide notre public. Si cette session vous a plu vous pouvez nous aider de deux manières : en répondant à la demande de don que nous vous adresserons bientôt car cette session fut relativement onéreuse. Et en encourageant vos propres enfants à venir l’an prochain.

Jérôme Vignon
Président des Semaines sociales de France

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/acoexister

Le pape François dresse un catalogue sévère des maladies qui menacent la Curie

PapeFrancois

Cité du Vatican – Le pape François a dressé lundi un catalogue de quinze maladies qui menacent le haut clergé, et plus particulièrement la Curie, dans une discours d’une sévérité sans précédent condamnant la mondanité, l’hyperactivité, les rivalités, les bavardages, les calomnies, et la zizanie.

Ce discours annuel de voeux aux membres de la Curie (le gouvernement de l’Eglise), dans lequel il les a conviés à un vrai examen de conscience, avait lieu dans le cadre très solennel de la Salle Clémentine au Vatican, devant les cardinaux réunis dans un grand silence.

Ensuite, dans l’immense Salle Paul VI, Jorge Bergoglio a innové en saluant, dans une ambiance au contraire très festive, les employés du Vatican et leurs familles. Il a rendu hommage aux invisibles qui permettent au Vatican de fonctionner jour après jour.

Mais auparavant, après avoir brièvement remercié cardinaux et évêques pour les services rendus dans l’année écoulée, le pape argentin a estimé que, comme tout corps humain, le Curie souffrait d’infidélités à l’Evangile et était menacée de maladies, qu’il fallait apprendre à guérir.

Il a alors exposé un catalogue de ces maladies, pour que la Curie devienne chaque jour plus harmonieuse et unie.

Il en a cité quinze, employant des formules-choc comme l’Alzheimer spirituel, la fossilisation mentale et spirituelle, le coeur de pierre, le terrorisme des bavardages, la schizophrénie existentielle , le narcissisme faux, la planification d’expert-comptable, les rivalités pour la gloire, les faces funèbres, l’orchestre qui émet des fausses notes…

La guérison est la fruit de la prise de conscience de la maladie, a conclu le pape, en appelant les évêques et cardinaux à laisser l’Esprit saint inspirer leurs actions, à ne pas vouloir le domestiquer, et à ne pas compter seulement sur leurs dons intellectuels ou organisationnels.

Il y a toujours la tentation de se sentir immortel, a-t-il observé, conseillant aux prélats d’aller dans les cimetières où sont tant de personnes qui se considéraient indispensables. Il leur a aussi conseillé, lui qui ne prend jamais de vacances, d’éviter la maladie de la suractivité de ceux qui s’enfouissent sous les dossiers.

Certains autres dépendent totalement de leurs passions, caprices et manies, ils se construisent des murs autour d’eux, devenant de plus en plus esclaves d’idoles, a-t-il critiqué.

Les prêtres sont comme des avions. Ils font la une quand ils tombent, a-t-il noté, sans jamais mentionner aucun fautif en particulier.

Fustigeant particulièrement la calomnie, qui peut équivaloir à un homicide de sang froid, il a évoqué notamment le cas passé au Vatican d’un prêtre qui appelait les journalistes pour raconter et inventer des choses privées sur ses confrères. Pour lui, ce qui comptait c’était d’être sur la première pages des journaux, et de se sentir puissant, le pauvre!

Après ce discours reçu comme une douche froide, François a salué un à un les cardinaux, dans une ambiance lourde, malgré les amabilités de façade.

François, qui a expliqué à plusieurs reprises qu’il se sentait quelquefois anticlérical, a engagé depuis son élection en mars 2013 une profonde réforme de la Curie, qui se heurte à de nombreuses oppositions internes et suscite de nombreuses inquiétudes. Cette réforme en cours ne devrait pas se conclure avant 2016.

La fin du pontificat de Benoît XVI avait révélé l’étendue des intrigues, du carriérisme, et des manoeuvres dans le dos du pape.

(©AFP / 22 décembre 2014 12h50)

Pour en savoir plus : http://www.romandie.com

A Noël, préparer plus qu’une trêve

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A travers l’activité de coaching, je me rends compte que la période de Noël n’est pas forcément la plus simple à vivre. Il se rejoue à travers ces 24 heures qui séparent le réveillon du 24 décembre et du repas du 25 décembre des scénarios pas toujours plaisants. Aussi me semble-t-il bon de se préparer un minimum à vivre cet événement pour qu’il demeure un temps de joie. Voici plusieurs conseils issus d’un article que j’ai rédigé pour l’hebdomadaire La vie. Bonne fête à tous.

Le 24 décembre 1914, sur la ligne de front. Les Allemands se mettent à chanter des cantiques. Dans la tranchée en face, les anglais reprennent des airs de Noël. Puis les uns envoient des barres de chocolat, les autres balancent du saucisson. De part et d’autres, des soldats s’aventurent alors hors de leurs abris, sur le champ de bataille. Des cigarettes sont échangées, on chante, on sort les bouteilles, une partie de football s’improvise. Le grand public a découvert l’existence de ces scènes de fraternisation à travers le film « Joyeux Noël ». « À l’époque, tout le monde croit à une guerre courte et espère retrouver rapidement les siens, précise le père Robert Poinard, vicaire général du Diocèse aux armées, qui connait bien cette période pour avoir travaillé à partir de lettres d’aumôniers militaires. « Mais ces échanges pacifiques sont demeurés rares, les trêves ont plutôt servi à récupérer les morts et les blessés», prévient-il. C’est pourquoi l’idée même de parler d’une trêve familiale pour Noël le choque. « Cela impliquerait de considérer la famille essentiellement comme un lieu de conflits entre des adversaires dissemblables, aux intérêts divergents et dont le but premier est de se combattre pour imposer sa vision à « l’ennemi » ! »

En général, l’ambiance familiale est loin d’être un face à face conflictuel. Mais même dans ces cas là, les attentes demeures particulièrement fortes et les retrouvailles pas toujours si chaleureuses qu’on le souhaiterait. À dix jours des festivités, comment se préparer pour donner toutes ses chances à ces moments de rencontres avec l’ensemble de la tribu, parfois le seul de l’année ? Conseillers conjugaux et psychologues nous confient des pistes pour cultiver une disposition intérieure afin de goûter pleinement à la joie de Noël.

Un) Se protéger d’une attente trop forte

« Sans en être toujours conscients, nous avons tendance à surinvestir affectivement les fêtes de Noël, d’autant que toutes les conditions sont réunies pour favoriser cet état d’esprit », met en garde Maylis Duffaut, conseillère conjugale et familiale du Cler, à Chatou (78). Pour peu que le réveillon se tienne dans la maison de son enfance, les souvenirs remontent et avec eux d’anciennes rancoeurs et frustrations que l’on croyait avoir laissé derrière soi depuis longtemps. Souvent, nous revenons dans ces demeures nous-mêmes en tant que parents et constatons un écart entre l’éducation que nous avons vécue et celle que nous dispensons. Nous aurions moins reçu de nos parents que ce que nous offrons à nos enfants ! À nouveau, de vieilles contrariétés risquent de resurgir en moins de temps qu’il ne faut pour déboucher une bouteille de champagne. Nous voilà plongés dans une certaine morosité. « Dans ces cas-là, mieux vaut accepter que des souvenirs de relations difficiles apparaissent sans leur donner toute la place, ni essayer de régler immédiatement ces situations » préconise Maylis Duffaut. Si Noël représente la fête de la famille par excellence, elle n’a pas vocation à régler toutes les querelles avec les parents, frères, soeurs, cousins et cousines. Le tout en moins de 24 heures chrono ! Le réveillon réunit souvent au moins trois générations, auquel il faut ajouter les « pièces rapportées » qui ont vécu d’autres ambiances de Noëls et peut-être aussi des amis, avec encore des attentes différentes. Que toutes ces personnes soient présentes sous un même toit constitue déjà un bel exploit. « Si le déroulé des festivités ne se trouve pas en adéquation avec ce que l’on espérait, le temps passé ensemble constitue autant de graines semées qui pourront susciter des relations apaisées par la suite » constate pour sa part la thérapeute de couple, Catherine Serrurier. « A Noël, il ne nous est pas demandé de tout régler, mais plus modestement de faire un pas vers l’autre. »

Mais pour ne pas tomber dans la sinistrose à la moindre contrariété, encore faut-il s’attaquer à une autre idée reçue : la vie familiale rimerait toujours avec harmonie. C’est du moins ce qui semble se passer chez les autres « Dans chaque famille se produit toujours des ajustements, signe que la vie n’est pas figée, poursuit Catherine Serrurier. Si le déroulé du réveillon produit des frottements entre les participants, c’est aussi que chacun a évolué depuis les dernières rencontres. Rêver d’une totale harmonie revient à figer chacun dans un rôle immuable qu’il serait censé jouer chaque année avec application, mais qui a vraiment envie de vivre ce scénario ? »

Deux) Identifier les critères essentiels d’un bon Noël

Finalement qu’est-ce qu’un Noël réussi ? Pour les uns, il faut impérativement que les convives s’offrent les cadeaux le soir, pour d’autres il est impensable de les ouvrir seulement le matin. Pour les chrétiens, la participation à la messe et le fait de parler de la naissance de Jésus comme un ingrédient incontournable, mais ce rituel n’est plus accepté par tous. Effectuez le test autour de vous : chacun s’est constitué « sa liste » pour réussir le réveillon et chacun jure le cœur sur la main qu’il détient la véritable recette d’un Noël authentique. Cette diversité de critères s’avère souvent source de conflits, car elle touche à la fois à la magie de l’enfance et à ce qui est sacré pour chacun d’entre nous. Pour remédier à cette situation, propose le docteur Marie Parent, conseiller conjugal et familial du Cler, à Lyon, il peut être bon de recenser ces fameux critères nécessaires pour passer un bon réveillon. Puis éliminer ceux qui vous semblent secondaires et dont vous pouvez vous passer pour ne garder qu’une liste resserrée. » Ayant clarifié vos attentes, vous allez pouvoir les exprimer à vos proches leur laissant la possibilité d’y répondre, tout en libérant intérieurement de la place pour accueillir leurs besoins. Ainsi, Philippe aimerait bien renouveler le menu du réveillon, mais il doit faire face à l’attachement de ses beaux parents à la présence de la dinde et de la buche. En définissant ces clés de Noël, il a pris conscience que la participation à la messe le soir comptait plus que le renouvellement du menu prévu pour l’occasion. Il a choisi de ne pas chercher à chambouler la liste des plats. Par contre, il a demandé à ce que les festivités ne débutent qu’à 20 heures afin de lui permettre ainsi qu’à ses enfants de se rendre à la célébration de 18h30.

Trois) Décréter la trêve des reproches

A Noël, pourquoi ne pas accomplir un pas supplémentaire vers les autres ? Catherine Serrurier propose de « ne pas se centrer sur les zones d’ombre et les travers connus des proches, mais sur ce qui est beau à observer chez les autres. » À travers le déroulé des festivités (qui ne correspond pas exactement à ce que l’on souhaite), qu’est-ce qui nous touche, qu’est-ce qui renouvelle notre regard sur des personnes que nous croyons pourtant bien connaître ? L’émerveillement de Noël ne concerne pas seulement la naissance de Dieu fait homme, mais aussi certaines attitudes étonnantes (en bien) de nos proches. Cette attitude intérieure s’exerce vis-à-vis de chaque participant pris individuellement, mais aussi à l’égard de la famille tout entière. Chaque tribu cultive son propre style, certaines se montrent plutôt bruyantes, d’autres plus recueillies, toutes ont inventé une façon de festoyer qui leur est spécifique. Pourquoi ne pas savourer simplement cette façon de demeurer ensemble en laissant de côté ce qui divise au moins pour 24 heures ?

Quatre) Surfer sur le climat de paix de Noël

Le père Angelo Romano appartient à la communauté sant Egidio où il intervient comme médiateur dans des conflits à travers le monde. Cette paroisse romaine propose des temps de prière quotidiens, un service aux plus pauvres, mais aussi une aide pour les couples et les familles en difficultés. « A Noël, il y a clairement une atmosphère particulière dont on peut profiter pour favoriser une réconciliation » suggère-t-il. L’ histoire de la naissance de Jésus lui semble particulièrement inspirante. « Finalement, l’assemblée présente à cette occasion se compose à la fois de bergers venus en voisins, des étrangers partis de loin comme les rois mages, et en même temps tous les proches de Joseph et Marie ne sont pas là. Pourtant avec ce groupe aux attentes diverses, il se passe quelque chose de l’ordre d’un partage fraternel, avec du soutien et de l’écoute. » Même si nos assemblées familiales réunissent des convives aux attentes affectives plus ou moins fortes, des degrés d’intimité variables, avec des histoires différentes, il peut se produire des moments de fraternisation.

Dans cette perspective, Angelo Romano insiste sur l’importance d’une bonne attitude d’écoute. « Les échanges familiaux sont de plus en plus marqués par ce que nous voyons à la télévision. Durant les émissions de débats, chaque intervenant semble n’avoir pour objectif que de pilonner les positions de l’adversaire. Avec comme unique stratégie de crier plus fort que les autres, de les interrompre ou de caricaturer ses propos. Ce mode de communication tend à devenir aussi la norme dans les échanges plus personnels. Les fêtes de fin d’année peuvent être l’occasion de revenir à d’autres modes d’échanges où notre interlocuteur peut aller jusqu’au bout de ses phrases, voir même être relancé par une question montrant que l’on s’intéresse à lui ». De même, le pape Francois conseille trois mots pour faciliter les relations de famille : pardon, merci, mais aussi de façon plus inattendue : « est ce que c’est permis ? » À force de se retrouver chaque année au même endroit avec les personnes identiques, chacun s’autorise certaines pratiques sans vérifier qu’elles ne gênent pas les autres. « En demandant à nouveau si cela convient au reste de la famille, nous renouons avec une saine humilité où tout ne nous est pas dû, sans chercher à occuper le terrain à tout prix par une multitude d’initiatives. » constate le père Romano. Cette attitude permet d’expérimenter la gratitude au sens fort : demeurer reconnaissant pour l’abondance que la vie procure à chaque être quand il demeure ouvert, à ses proches, à l’existence. Une présence gratuite, qui donne, sans attendre de retour. Pas de territoire acquis, ni de droits à conserver, mais plus de dons.

15 Décembre 2014, 18:14pm| Publié par Etienne Séguier

Pour en savoir plus : http://cultivetestalents.over-blog.com

Le pape appelle l’Europe à retrouver ses « valeurs humanistes »

PapeFrançoisParlementEuropéen

Le pape François a longuement rappelé l’Union à ses « valeurs humanistes » lors du discours qu’il a prononcé au Parlement européen, à Strasbourg, mardi 25 novembre, demandant aux eurodéputés de « travailler pour que l’Europe redécouvre sa bonne âme ».

« L’heure est venue de construire ensemble l’Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, des valeurs inaliénables », a-t-il lancé dans un hémicycle presque plein. Les liens de l’Europe et du christianisme sont « bimillénaires », a rappelé le pape, et « l’Europe a fortement besoin de redécouvrir son visage pour grandir ». «Le moment est venu d’abandonner l’idée d’une Europe effrayée et repliée sur elle-même pour susciter et promouvoir l’Europe protagoniste. »

Une « Europe grand-mère »

Le pape en effet a commencé par faire un diagnostic inquiet de l’état de l’Europe. Dans un monde « de moins en moins eurocentrique », « l’Europe est un peu vieillie et comprimée » et « tend à se sentir moins protagoniste dans un contexte qui la regarde souvent avec distance, méfiance et avec suspicion ». Les citoyens sont devenus méfiants « vis-à-vis des institutions considérées comme distantes, occupées à établir des règles perçues comme éloignées de la sensibilité des peuples particuliers, sinon complètement nuisibles ».

Aux yeux de François, l’Union européenne donne « une impression générale de fatigue et de vieillissement », l’image d’une « Europe grand-mère et non plus féconde et vivante » : « Les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive en faveur de la technique bureaucratique de ses institutions. »
« Les êtres humains sont traités comme des objets »
Pour transmettre « un message d’espérance et d’encouragement », François a exhorté les dirigeants européens à placer au centre de leur projet « l’homme comme personne dotée d’une dignité transcendantale » et combattre les situations « dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, la configuration et l’utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu’ils deviennent faibles, malades ou vieux ».
Le pape a reproché à l’Europe de trop céder à « une revendication toujours plus grande des droits individuels, qui cache une conception de la personne humaine détachée de tout contexte social et anthropologique, presque comme une monade, toujours plus insensible aux autres monades présentes autour de soi. Au concept de droit, celui – aussi essentiel et complémentaire – de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer des droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel les droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ».
L’Europe souhaitée par François doit « relier la dimension individuelle (…) à celle de bien commun, de ce “nous-tous” formé d’individus, de familles et de groupes intermédiaires. » « En effet, a-t-il ajouté, si le droit de chacun n’est pas harmonieusement ordonné au bien plus grand, il finit par se concevoir sans limites et, par conséquent, devenir source de conflits et de violences. »

« Affronter ensemble la question migratoire »

A l’homme « comme absolu » doit se substituer un « être relationnel », condition, selon le pape, pour mettre fin à la « culture du déchet » qui met au rebut les plus faibles – personnes âgées, jeunes, pauvres, migrants. La référence aux sujets comme l’euthanasie et l’avortement est directe : « Lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme, elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin ou des enfants tués avant de naître. »
Applaudi tantôt plutôt par la droite, tantôt plutôt à gauche, le pape François a appelé les Européens à « affronter ensemble la question migratoire ». « On ne peut tolérer que la mer Méditerranée devienne un grand cimetière », a-t-il lancé. Il a aussi insisté sur la nécessité d’un usage respectueux de l’environnement.
Ce message revêt des airs de mise en garde alors que l’Union européenne vient de lancer l’opération baptisée « Triton », critiquée pour être davantage centrée sur la surveillance des frontières que sur le sauvetage des migrants, contrairement à l’opération italienne « Mare Nostrum » à laquelle elle se substitue. Depuis le mois de janvier, plus de 3 000 migrants ont péri en Méditerranée, marquant d’ores et déjà l’année 2014 comme celle d’un sinistre record.
Accueillant le pape, Martin Schulz, le président du Parlement européen, avait souligné à quel point l’Europe traverse une « crise de confiance » et avait affirmé que les propos du pape pouvaient constituer « une orientation dans une époque désorientée ». François devait ensuite prononcer un second discours devant le Conseil de l’Europe.

Par Cécile Chambraud

Pour en savoir plus : www.fait-religieux.com

 

Le terrorisme moderne a été inventé par des catholiques… et ça se fête

Terrorisme moderne

Tous les écoliers britanniques connaissent Guy Fawkes et le Gunpower Plot. Le 5 novembre 1605, dans des caves situées juste sous le Parlement de Londres, on découvre des dizaines de barils de poudre prêts à exploser, gardés par un individu du nom de Fawkes. Né dans une honorable famille protestante du Yorkshire, l’homme s’est converti au catholicisme à 16 ans, puis a fui l’Angleterre pour aller combattre sur le continent aux côtés des troupes espagnoles contre les Provinces-Unies réformées. Rentré après dix ans passés sur les champs de bataille, celui qui se fait désormais appeler Guido entre en contact avec d’autres catholiques en colère. Ils se convainquent qu’il faut absolument se débarrasser du monarque Jacques 1er, qui depuis son accession au trône en 1604 a réduit au silence à la fois les « papistes » et les puritains protestants extrémistes. En tuant le roi et tous les parlementaires présents, les conjurés espèrent déclencher un soulèvement catholique et ramener le royaume dans le giron de l’Eglise.

Mort infamante

Les conspirateurs ont-ils voulu épargner la vie des catholiques présents au Parlement pour la rentrée solennelle du 5 novembre ? En tout cas, un noble catholique, Lord Monteagle, reçoit quelques jours avant le jour J une lettre anonyme, il avertit les autorités et c’est ce qui conduit à l’arrestation de Fawkes. Sous la torture il donnera les noms des autres conjurés. Condamné à une mort infamante, il sautera de l’échafaud et se brisera le cou.

Les catholiques anglais n’ont pas été victimes d’une répression de masse après l’attentat manqué. Ils ont été fermement invités à pratiquer leur foi en privé et à affirmer leur loyauté envers la couronne. Malgré tout, le pouvoir en a profité pour faire un exemple : Henry Garnet, le supérieur des jésuites – clandestins en Angleterre – est accusé d’avoir été au courant de la Conspiration des poudres et exécuté en 1606. L’un des terroristes en puissance lui avait parlé du projet en confession. Cinq ans plus tard, un autre extrémiste catholique réussira son régicide : c’est Ravaillac, assassin du roi Henri IV. Ce dernier avait mis fin aux guerres de religion, lui qui avait dirigé les armées protestantes, en se convertissant au catholicisme pour accéder au trône de France.

Anti-papisme festif

Il est intéressant de voir ce que la postérité a fait de la Conspiration des poudres, la première tentative d’attentat au sens moderne. Guy Fawkes est chaque année brûlé en effigie lors de la Guy Fawkes Night le 5 novembre dans tous les bourgs d’Angleterre, un moment d’anti-papisme festif. Les enfants réclament des piécettes « for the Guy ». Le nom propre Guy a donné en Amérique le nom commun guy, qui veut dire gars. Il y a certes des « bad guys » mais les Américains s’identifient plus volontiers aux « good guys ». Des bons terroristes ?

Le masque blanc, moustachu et souriant porté par des membres du mouvement des Anonymous, et qu’on retrouve dans différentes manifestations contre le système à travers le monde, est une effigie de Guy Fawkes. Un site complotiste français s’appelle Fawkes News, il a pour slogan « Plus on est de Fawkes moins ils rient ». Un exemple de titre sur leur page d’accueil : «Ebola, une arme biologique US». D’autres conspirationnistes s’inspirent de l’implication supposée des jésuites dans l’attentat manqué de 1605 pour construire tout un édifice de complicités secrètes menant au « jésuito-nazisme » du XXe siècle et à l’infiltration des instances européennes par d’anciens élèves des jésuites, Barroso, Van Rompuy, Draghi et maintenant Jean-Claude Juncker.

Le pape jésuite François pose évidemment un petit problème d’interprétation. Comment peut-il être à la fois issu de cette « sinistre compagnie » et l’un des critiques les plus virulents du système capitaliste ? L’histoire est une farceuse.

SOPHIE GHERARDI | LE 05.11.2014 À 10:17

Pour en savoir plus : http://www.fait-religieux.com