Comment la mode « made in Africa » commence à séduire

ModeAfricaine

Imprimés façon wax, batik ou kasaï, bijoux over size en bois et en perles, accessoires en raphia… chaque été, la mode puise une partie de son inspiration sur le continent africain. Agnès b., Tory Burch, Isabel Marant : les créateurs renouvellent chaque année nos envies d’ailleurs. Parmi cette offre séduisante, combien de marques made in Africa ? Très peu, voire aucune. Paradoxale et complexe, la création africaine se transformera-t-elle un jour en secteur économique capable d’exporter et d’habiller le continent ? Enquête sur une industrie en devenir.

Cet été encore, l’Afrique s’est invitée dans nos vitrines. Par touches subtiles et désirables, les grandes chaînes comme les créateurs ont déclenché nos envies d’évasion. Parmi cette offre saisonnière, de jeunes marques tentent de trouver leur place en louant quelques mètres carrés de vente dans des boutiques éphémères ou des salons. Hâpiface, Moonlook, la Foire africaine de Paris, la Parenthèse inattendue et plus récemment le Labo international (anciennement Labo Ethnik) : à l’approche de l’été, les évènements afropolitains se sont succédé dans la capitale. Entre folklore et tendance afro-chic, cette effervescence créative annonce-t-elle l’émergence d’une mode africaine ou simplement un nouveau sursaut d’un secteur économique qui peine à se structurer ?

Pour Nelly Wandji, qui a cofondé la plate-forme de market place Moonlook il y a un an, l’ouverture d’une boutique éphémère était plus que nécessaire pour valider son approche stratégique du made in Africa. « Avoir un espace de vente physique pendant un mois m’a permis d’avoir une approche pratique de mon activité. Sur un mois, nous avons accueilli 4000 personnes et effectué près de 700 transactions pour un panier moyen de 45 à 65 €. À ma grande surprise, 70 % des clients étaient des Européens et des touristes. » Pour la jeune entrepreneuse, cette expérience a aussi permis de tester le potentiel des 15 créateurs qui ont mutualisé leurs fonds pour participer à cette démarche commerciale. « Que ce soit dans la vente en ligne ou en boutique, je rencontre toujours les mêmes difficultés au niveau de la production, soit en termes de réassort, soit en termes de standards de fabrication. En Afrique, il y a la créativité, mais il manque la production et la stratégie », déplore Nelly Wandji. Comme de nombreux jeunes entrepreneurs issus de l’immigration, Nelly souhaite prendre part au renouveau de l’Afrique. « Mon ambition est de créer de la valeur ajoutée sur le continent, pas de faire un simple business. »

« African dream » collectif

Boostée par un rêve africain collectif, cette jeunesse branchée et entreprenante se retrouve très vite confrontée aux réalités africaines et à leurs difficultés. Consultante en stratégie de marque, Grace Kelly Azizet croit dur comme fer dans l’émergence d’un artisanat de luxe africain lorsqu’elle crée l’agence Wild Flowers en 2011. Après des débuts laborieux, l’agence décroche un premier succès avec la marque de maroquinerie Zashadu. Créée à Lagos par une jeune femme de la diaspora nigériane, l’histoire de cette jeune marque est emblématique des initiatives individuelles qui voient le jour un peu partout sur le continent. Formée à l’architecture et à la mode, sa créatrice, Zainab Ashadu, redécouvre lors d’un voyage le savoir-faire des tanneurs et des maroquiniers de son pays. Fan de mode, elle se lance dans la fabrication d’un premier sac. Lequel suscite très vite l’intérêt de son entourage, qui lui achète ses premières créations.

Convaincue du potentiel de la jeune femme, Grace Kelly Azizet lui propose de l’aider à créer une marque à part entière. Ajustement du logo, image, stratégie retail, communication  : l’agence Wild Flowers structure la stratégie de la petite entreprise d’artisanat. « Zashadu est une marque de luxe durable. Les sacs sont fabriqués dans un atelier d’artisans de Lagos à partir de cuir en python de Sokoto et en crocodile. Le tannage est à 60 % végétal et garanti sans chrome », explique Grace Kelly Azizet. Réputé pour la qualité de ses peaux et son savoir-faire ancestral, le Nigéria approvisionne de nombreuses marques de luxe européennes comme Fendi, Hermès et Bottega Veneta. « Le plus difficile, c’est d’exporter les sacs du Nigéria. Entre la corruption et les problèmes de transport pour ce type de produits, on a encore toute une chaîne de logistique à construire. Mais on y travaille », ajoute la jeune femme, enthousiaste. Distribuée d’abord en exclusivité chez Wolf and Badger à Londres, la jeune marque de luxe créée en 2013 a aussi séduit les Françaises. Les pochettes en cuir irisé vendues cet hiver chez Franck & Fils à Paris ont fait l’objet de nombreuses parutions dans la presse française et internationale. « À la suite d’une dépêche AFP, nous avons enregistré près de 90 parutions presse. Notamment sur votre site, mais aussi dans le Vogue Italie et même le China Post », se réjouit Grace Kelly Azizet. Forte de ce premier succès, la consultante prépare d’ailleurs son prochain colloque sur le luxe durable, qui se tiendra en août en République du Congo.

Continent de savoir-faire et nouvelle main d’œuvre bon marché

Des défilés parisiens au désert du Niger, la créatrice Katherine Pradeau a changé de vie. Partageant depuis dix ans sa vie entre la France et l’Afrique, elle met sur pied son projet d’atelier spécialisé dans l’artisanat touareg.

Loin des visions misérabilistes et des regards condescendants, l’Afrique présente aujourd’hui un nouveau visage et attire les investisseurs, comme le groupe H&M, qui, depuis 2013, a démarré des chaînes de production en Éthiopie et au Kenya. Nouvel eldorado des industriels qui cherchent à réduire leurs coûts de production avec une main d’œuvre bon marché, l’Afrique a pourtant d’autres atouts en main. Découpé en cinq grandes zones géographiques, le continent est un patchwork de cultures et de savoir-faire ancestraux. Peu valorisées et pratiquées dans le cadre d’une économie informelle, ces compétences sont pourtant la clé de la création africaine. Pour la créatrice Katherine Pradeau, qui travaille avec les Touaregs depuis 2005, « il faut agir sur la formation sans dénaturer les savoir-faire africains ». Partageant depuis dix ans sa vie entre la France et le Niger, l’ancienne styliste parisienne est devenue une spécialiste de la culture touareg. « Au départ, on a tout fait pour me dissuader de m’aventurer dans cette partie du Niger, réputée très dangereuse. Mais j’y suis allée et j’ai su me faire accepter. Quand on voyage en Afrique, il ne faut pas se contenter de rester dans les grandes villes. Il faut s’aventurer pour aller à la rencontre des vrais artisans », raconte l’aventurière. Partie pour réaliser une première collection de bijoux et de sacs touaregs, Katherine Pradeau a, depuis, changé ses codes et sa vision de la mode. « On ne développera pas la mode africaine en appliquant bêtement les méthodes occidentales. Ici, il faut penser autrement et surtout former les nouvelles générations », analyse-t-elle. Malgré les embûches, Katherine Pradeau croit plus que jamais au potentiel de l’Afrique.

Tout aussi optimiste, la jeune fondation AfricaFrance (1) souhaite accompagner les pays africains dans la mise en place de structures pour installer durablement le secteur de la mode. Piloté par Laura Eboa Songue, le groupe de travail s’est donné trois missions : la formation, la syndicalisation des professionnels en fédération, l’organisation d’un salon unique destiné à la commercialisation. Pour la jeune femme qui a cofondé le webzine Fashizblack en 2008, « les échanges entre la France et l’Afrique sont quasiment inexistants, à l’exception de quelques marques et distributeurs installés sporadiquement ou des vêtements de seconde main importés en masse sur le continent. On ne peut pas vraiment parler de relations. » Si les liens et les échanges entre l’Hexagone et le continent sont à repenser, il faut aussi faire bouger les mentalités africaines et passer de la culture du créateur à la stratégie de marque. « Actuellement on a affaire à une mode de créateurs et on voit des fashion weeks qui éclosent un peu partout sur le continent ; ça n’a pas de sens. La majorité des stylistes ont une vision à court terme, ils ne comprennent pas le business de la mode. De plus, il y a de très grandes disparités entre les pays francophones et des pays comme le Nigéria, le Ghana, le Maroc ou l’Afrique du Sud, qui sont plus industrialisés et commercialement plus attractifs », estime Laura Eboa Songue. Qu’il s’écrive au présent ou au futur, le carnet de route d’AfricaFrance et de ses partenaires s’annonce chargé. Il faudra attendre encore quelques années avant de pouvoir parler d’une industrie capable d’habiller le continent mais la dynamique est bel et bien en marche.

(1) Présidée par le franco-béninois Lionel Zinsou, cette fondation agit dans différents secteurs d’activité avec un esprit de partage des richesses et des compétences.

Par Stéphanie O’Brien | Le 10 juillet 2015

Pour en savoir plus : http://madame.lefigaro.fr/

Fait-religieux.com s’endort pour un temps indéterminé

A dhow is seen at sunset during a training session on May 22, 2015 in the waters off the island of Sir Bu Nair on the eve of the Al-Gaffal 60 foot Traditional Dhow Sailing Race, in which boats will set sail off the island near the Iranian coast, until they reach the finish line at the Burj Al-Arab in Dubai. The 25th annual dhow sailing race has a total prize money of 10 million dirhams ($272,000). AFP PHOTO / MARWAN NAAMANI

Le site que vous avez pris l’habitude de lire, Fait-religieux.com, a été lancé à l’été 2012. En trois ans, il a réussi à s’installer dans le paysage des médias en ligne. Pour ce que nous en savons, il y a parmi ses lecteurs, en France et dans la francophonie, des croyants et des non croyants, des catholiques de gauche, de droite et du centre, des laïques de toutes nuances, des musulmans, des juifs, des protestants, des orthodoxes, des bouddhistes, des sikhs, des hindous, des baha’is, des ahmadis, des mormons et d’autres cultes minoritaires, chacun venant s’informer sur l’actualité de toutes les religions.

La société éditrice, la SAS Bellefeuille Edition Presse, avait pour vocation, à terme, de gagner de l’argent. Comme dans les manuels d’économie, il lui fallait pour cela investir en capital et en travail, et s’efforcer de rencontrer un marché. L’investissement en capital a eu lieu, l’investissement en travail également, quiconque a lu les articles publiés chaque jour par nos journalistes professionnels et nos blogueurs a pu s’en rendre compte.

Ce qui ne s’est pas matérialisé, c’est le marché. Pour dire les choses simplement : trop peu de lecteurs ont été prêts à payer pour lire ce que nous leur proposions. Avec le temps leur nombre aurait sans nul doute augmenté, mais ce temps-là, nous ne l’avions plus. Faute d’avoir trouvé des investisseurs ou des repreneurs, nous avons dû nous résoudre à mettre l’entreprise en liquidation. La thématique du fait religieux, autrement dit l’approche non confessionnelle des croyances et de leurs effets, ne perd ni de son actualité, ni de sa pertinence. Nos confrères des médias généralistes en ont pris conscience et traitent beaucoup plus abondamment que par le passé les sujets liés aux religions.

Un site spécialisé comme le nôtre n’a pas vraiment d’équivalent en France ou en Europe. Aux Etats-Unis, les deux titres qui s’en rapprochent , Religion News Service et Religion Dispatches, sont financés par des fondations universitaires. Un modèle qui devrait faire réfléchir en France : si une information est utile socialement mais non viable économiquement, il serait souhaitable que des structures à but non lucratif puissent en assurer l’existence. Et la signataire de ces lignes n’a pas le moindre doute à cet égard : accroître en quantité et en qualité la couverture des questions de religion et de laïcité reste un objectif socialement utile dans le monde d’aujourd’hui, et particulièrement en France.

Comme dans les génériques de fin, il est juste de citer toutes les personnes qui ont contribué à l’histoire de Fait-religieux.com : les fondateurs, d’abord, dès 2011, Jean-Luc Pouthier, Hanène Sassi et Sophie Gherardi, rejoints très vite par Eric Azan, Litzy Briscan, Louise Gamichon, Eric Rohde, Julien Vallet, Patricia Zhou, Claire Gandanger à Strasbourg et un peu plus tard par François Desnoyers et Alexandre Lévy, notre rédacteur en chef.

Nous avons eu des collaborateurs réguliers et précieux, Yves-Marc Ajchenbaum, Lysiane Baudu, Akram Belkaïd, Anne-Charlène Bezzina, Linda Caille, Ekaterina Dvinina, Nathalie Hamou (Israël), Frédéric Hastings, Ignazio Ingrao (Vatican), Rachida Gmiz, Faker Korchane, Anne Madelin, Marie-Ange Maire Vigueur (Rome), Camille Pavy, Alix de Vogüé, Tigrane Yégavian. Des blogueurs pleins de talent : Nathalie Baravian, Marc Bayard, Simon Castéran, Eric Lebrun, Marine Quenin, Jean-Louis Schlegel.

Et les plumes qui ont fait un passage plus ou moins long : Marine Afota, Samim Akgönül, Mouloud Akkouche, Maud Amandier, Danielle André, Ange Ansour, Antoine Arjakovsky, Dominique Avon, Mohamed Bajrafil, Stephen Berkowitz, Abdennour Bidar, René Blanc, Luca Bossi, Caroline Bretones, François Burgat, Pauline Busonerat, Nicolas Cadène, Catherine Caron, Martine Cerf, Alice Chablis, Joan Charras Sancho, Arab Chih (Algérie), Claudine Fiuza, Ludovic Clerima, Brice Couturier, Jérôme Cristiani, Floriane Degan, Karima Dirèche, Anne Dory, Rachida El-Mokhtari, Carine Elkouby, Jeanne Estrapade, Philippe Gaudin, Mariachiara Giorda, Antoine Gosse, Sévrin Graveleau, Thomas Grossmann, Jean-Philippe Gunet, Adnan Ibrahim, Gabrielle Hardy-Enngelson, Aïda Kekli, Adrien Larelle, Hugo Le Picard, Marie Lopez, Fabien Leone, Anne Madelin, Pascal Maguesyan, Raphy Marciano, Félix Marquardt, Mathieu Martinière, Olivier Mongin, Claude Nataf, Solange Nuizière, Alice Papin, Louise Piguet, Tristan Pouthier, Samuel Pruvot, Anna Ravix, Patrice Rolland, Laurent Réveilhac, Patrick Sbalchiero, Jean-Philippe Schreiber, Elise Saint-Jullian, Katia Scifo, Julia Sei, Michel Serfaty, Nadia Sweeny, Ingrid Therwath, Paul Thibaud, Louis Thubert, André Vauchez, Caroline Vigent, Caspar Visser’t Hooft, Suzi Vieira, Michel Warschawski.

Et un média, ce ne sont pas que des journalistes. Combien ont été importants, chacun à sa façon, Katia Huguet, Erwin Calvez, Sasha Cohen, Yann Gibert, Roxane Lesecq, Geoffrey Marcellot, Pascal Roux, et auparavant Pierre-Marie Bernard, Martine Cohen, Christophe Cornu, Claire Giudicenti, Lola Petit, Anne Serin-Reyl.

Citons aussi des institutions de la presse : l’AFP pour sa couverture et ses magnifiques photos, nos partenaires Eglises d’Asie, Toute la culture, Toutéduc et Zaman France. Sans oublier Myeurop-info.

Si quelqu’un a été oublié, qu’il ne s’en offusque pas. L’oeuvre a été collective, les remerciements le sont aussi. Sur Internet, l’information ne meurt jamais, elle s’endort. Fait-religieux.com entre donc en sommeil, pour un temps indéterminé.

Sophie Gherardi

le 30.06.2015 à 15:09
En savoir plus sur http://www.fait-religieux.com/

Entreprises : « Happy Men », le réseau qui promeut l’égalité professionnelle

FemmesBureau

Le fondateur de ce groupe de réflexion estime que pour faire avancer l’égalité professionnelle, il est indispensable d’impliquer les hommes.

« Présentéisme », vie de famille, loisirs, performance, égalité hommes/femmes. Autant de thèmes qui sont explorés par les « Happy Men », un réseau d’hommes, qui s’implique en priorité dans l’égalité professionnelle, mais aussi dans le changement des pratiques au sein des entreprises.

Le chef d’enterprise Antoine Gabrielli a fondé ce groupe de réflexion en partant du principe qu' »un système qui pénalise les femmes ne rend pas les hommes heureux pour autant ». Aujourd’hui, des entreprises comme Orange, EDF, la Caisse des Dépôts ou BNP Paribas onr rejoint l’initiative, lancée il y a deux ans.

En ce mercredi de juin à l’heure du déjeuner, une douzaine de cadres de BNP Paribas, trentenaires, quadra et quinquagénaires, se sont réunis dans un immeuble parisien du groupe bancaire, comme tous les deux mois. Ils viennent de diverses branches (banque d’investissement, salles de marchés, ressources humaines…), plusieurs ont des épouses ayant également des postes à responsabilités.

L’un des membres fondateurs du cercle, François, qui a « 5 sœurs et 4 filles », fait pour les nouveaux une brève introduction, évoquant les chiffres « confondants » de l’égalité professionnelle. Il incite les participants à « essaimer » pour créer de nouveaux cercles de discussions.

Sur son compte Twitter personnel (@POTUS), Barack Obama se présente « d’abord comme +père, mari+, et seulement après +44e président des Etats-Unis+ », souligne-t-il avant de lancer la discussion.

Pendant une bonne heure, les participants vont se livrer, parler d’égalité hommes/femmes, du poids des stéréotypes, et surtout de leur souci de mieux concilier leurs vies professionnelle et personnelle.

Arnaud, qui a trois enfants dont « un bébé avec des soucis de santé », est intéressé par « tout se qui peut être mis en place pour garder sa performance au travail, que l’on soit homme ou femme, tout en vivant la parentalité. Et la parentalité ça n’est pas seulement les jeunes enfants, c’est aussi les ados, les parents plus âgés… »

Jean-Charles est rentré en janvier d’un congé sabbatique d’un an, passé en Asie avec sa famille. « Je me suis rapproché de ma femme, de ma fille de 11 ans que je n’avais pas vu grandir. » Il assure que ni lui ni son épouse n’ont eu de problème à leur retour au travail. « On a su valoriser notre expérience ».

Thierry a rejoint le cercle il y a six mois. Ses trois enfants ont de 18 à 24 ans, mais quand ils étaient petits, « ce n’était pas évident d’arriver le matin à 9H30 après les avoir amenés à l’école ». Aujourd’hui, les mentalités commencent à changer, mais « on en est aux prémices ».

Baptiste, jeune « corso-sicilien », avait une mère au foyer et se dit bien conscient des contraintes et frustrations de son épouse, qui travaille. « Un jour sur deux, c’est moi qui amène notre fille à la crèche, le lendemain je vais la chercher ».

Plusieurs soulignent qu’une évolution des pratiques bénéficierait également à celles et ceux qui n’ont pas d’enfants, dans leur vie personnelle, associative, culturelle… « J’ai aussi envie de faire du sport après le boulot, voire des expos, des amis », souligne l’un.

« Nous pouvons travailler sur les préjugés, lutter contre le présentéisme. En partant tôt, nous montrons l’exemple », estime François. Il ne s’agit pas de travailler moins, mais différemment: « Je dis à mes équipes qui sont encore là à 21H00: +Vous avez mal bossé aujourd’hui+ ».

Dans le prolongement de ces réunions, les membres doivent prendre des engagements personnels ou concrets (parler avec une collègue de ses conditions de travail, limiter les réunions de travail le soir…).

Antoine de Gabrielli, 54 ans, fondateur de l’association Mercredi-c-Papa, souhaite attirer dans le réseau Happy Men, qui compte aujourd’hui 250 hommes et en prévoit « le double l’an prochain », « tous ceux qui ont un levier de pouvoir sur le changement ».

Ce membre de la commission égalité professionnelle du Medef est persuadé que « si on veut que ça bouge plus vite, il faut associer les hommes ».

Boursorama avec AFP le , mis à jour à 11:54

Pour en savoir plus : http://www.boursorama.com/

Canada : la laïcité comme valeur, les passions se déchaînent

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Le Québec risque de se déchirer sur le port du voile ou du crucifix dans les lieux publics avec le projet des indépendantistes au pouvoir dans la province francophone du Canada d’aller plus avant sur la laïcité.

Mis à mal dans les sondages, le gouvernement indépendantiste de Pauline Marois cherche à se relancer avant les prochaines échéances électorales et veut mettre sur la table en septembre une Charte des valeurs québécoises, mélange de l’identité culturelle et linguistique de la province sans promouvoir une religion par rapport à une autre.

Le Canada est fier de son multiculturalisme, héritage des années 70 et de l’emblématique Premier ministre Pierre Elliott Trudeau, et chacun peut porter librement au travail son turban, sa kippa ou le voile.

Le gouvernement du Québec voudrait maintenant, selon le principe de la neutralité de l’Etat, interdire le port ostentatoire de signes religieux par les personnels des services publics. Cette Charte n’irait cependant pas jusqu’à interdire aux individus de porter le turban ou le hidjab (voile ne laissant voir que l’ovale du visage) pour aller consulter à l’hôpital ou accompagner les enfants à la crèche ou à l’école.

Bernard Drainville, ministre des Institutions démocratiques, a justifié jeudi cette Charte en estimant que «la meilleure façon d’assurer le respect de toutes les religions (…), c’est que l’Etat soit neutre sur le plan religieux».

Curieusement, le gouvernement semble vouloir aller plus loin que les conclusions d’une mission mandatée sur cette question. Le philosophe Charles Taylor, l’un des auteurs du rapport, a mené la charge sur les ondes de Radio-Canada en parlant d’un «acte d’exclusion absolument terrible» qui se rapproche de «la Russie de Poutine».

«Pas de frange d’extrême droite»

Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université de Laval à Québec, suit l’avis de Charles Taylor. «Les institutions de l’Etat doivent être neutres au plan religieux et les personnes qui représentent ces institutions doivent (…) également faire preuve de neutralité», explique-t-il à l’AFP.

Le ministre canadien conservateur du Multiculturalisme Jason Kenney a mis en garde les Québécois vendredi contre toute tentation de modifier les équilibres actuels de la société. «Les Canadiens croient que la liberté de religion et de conscience sont des valeurs universelles et nous espérons que ce sont des valeurs et des principes qui seront respectés», a-t-il dit.

Le débat sur la laïcité au Canada déborde du cadre politique, selon David Rayside, professeur au département de sciences politiques à l’Université de Toronto. «Cela dure depuis un certain temps et c’est aussi bien un débat de société qu’un débat politique».

Ces universitaires ne voient pas cependant un risque des montées des extrêmes ou du racisme. Cela «éveille des passions et plus les citoyens sont insécurisés par l’environnement nouveau dans lequel ils ont à vivre, plus cela peut éveiller des divisions et des oppositions» sans aller plus loin, estime Gilles Routhier.

«En général, le sentiment vis-à-vis de l’immigration est plus positif au Québec et il n’existe pas une frange d’extrême droite comme c’est le cas en France», souligne David Rayside. «Le plus grand risque serait plutôt que les immigrés se sentent mal à l’aise, y compris ceux qui ne portent pas de signes religieux», et pour ces immigrés cela signifierait «qu’ils ne sont pas les bienvenus au Québec».

La ministre québécoise de l’Immigration Diane de Courcy ne craint pas ce risque car toutes les personnes immigrantes au Québec «signent une déclaration sur les valeurs communes» et «elles ne seront pas étonnées» par cette Charte.

Si elle devait être adoptée par les députés québécois, alors le crucifix ornant le mur au-dessus du siège du président de l’assemblée devrait alors être retiré pour ce que David Rayside traduit comme «l’exemple le plus fameux et le plus bizarre» des liens étroits entre religion et politique.

Selon lui, la concrétisation d’un tel projet serait comme la France qui «se targue d’être une société laïque et où l’Etat subventionne les écoles catholiques».

Pour en savoir plus : http://www.20minutes.fr

 

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Une « laïcité française »? Non, un jeu des sept familles, selon un Jean Baubérot

 Baubérot

Le chercheur Jean Baubérot, fondateur de la sociologie de la laïcité, le 13 février 2012 à Paris (c) Afp
 

La laïcité a suscité et connu bien des crispations depuis les attentats parisiens: dernière en date, l’affaire de l’affiche annonçant un concert des Prêtres au profit des chrétiens d’Orient, mention religieuse refusée par la RATP dans un premier temps.

C’est le signe d’une certaine confusion que Jean Baubérot, grand défenseur de l’esprit de la loi de 1905 portant séparation des Eglises et de l’Etat, décrit dans un livre qui vient de paraître, « Les 7 laïcités » (éditions de la Maison des sciences de l’homme). « Certaines personnes ne connaissent pas beaucoup la juridiction laïque et fantasment sur la laïcité, qu’ils utilisent selon leur fantaisie », estime ce sociologue dans un entretien à l’AFP.

« De Michel Onfray à l’Institut de droit local alsacien-mosellan, des gens invoquent la laïcité en y mettant des choses très différentes », note-t-il. Leurs laïcités peuvent être…

Antireligieuse

Elle est présente à gauche, mais les personnalités qui s’en réclament sont « très minoritaires », selon l’auteur. Le philosophe Michel Onfray l’incarne en « franc-tireur » pour qui « l’engagement athée et la laïcité sont un tout ». « C’est également la ligne que défend, en gros, Charlie Hebdo. »

Gallicane

Jean Baubérot intitule ce modèle de laïcité ainsi car il la place dans la continuité du « gallicanisme politique », « constante lourde de l’histoire française ». En l’occurrence il s’agit, pour les acteurs publics, de « contrôler les religions », selon le sociologue. C’est la position, estime-t-il, du Parti radical de gauche (PRG) quand il porte une proposition de loi très contestée sur la neutralité religieuse dans les crèches privées, qui sera débattue mi-mai à l’Assemblée.

Séparatiste(s)

Le pluriel s’impose, car il y a là deux modèles qui ont en commun de « considérer que la séparation est le fer de lance de la laïcité ». L’un est « séparatiste strict »: c’est la tendance de la fédération de la Libre pensée, opposée au financement public du traitement des enseignants du privé sous contrat mais qui pousse le séparatisme jusqu’à dénier à l’Etat la légitimité de légiférer sur le port du voile dans les crèches privés ou les universités. Moins militante, la Ligue de l’enseignement représente une tendance « plus inclusive et plus souple » de cette laïcité séparatiste, relève le sociologue.

Ouverte

C’est la conception de la majorité des responsables des cultes en France, chrétiens, musulmans ou juifs. « Cette vision a tendance à réduire la laïcité à la liberté religieuse. J’y vois un peu une confusion inverse par rapport aux tenants de la laïcité antireligieuse », confie Jean Baubérot.

Identitaire

Cette laïcité tend à être dominante politiquement, constate l’auteur, qui note un « décalage avec la majorité de l’opinion publique, plus libérale sur ce sujet ». Elle est portée notamment à droite, et s’accommode d’un discours sur les « racines chrétiennes » ou « judéo-chrétiennes » de la France, au risque de stigmatiser l’islam. Le président de l’UMP Nicolas Sarkozy s’y inscrit quand il se dit défavorable aux menus de substitution à la cantine ou au voile à la fac, fait valoir l’expert.

Concordataire

C’est le régime en vigueur en Alsace et Moselle, où ne s’applique pas la loi de 1905, votée lorsque ce territoire était allemand. Ici, les ministres des cultes chrétiens et juifs sont payés par les pouvoirs publics, comme les prêtres catholiques en Guyane.

« Cela montre bien que la France, sans le dire, fait du cas par cas », glisse Jean Baubérot, estimant que « l’image d’une laïcité française parfois vue à l’étranger comme une arme de guerre contre les religions ne correspond pas à la réalité ».

Publié 14-04-2015 à 16h52
Mis à jour le 15-04-2015 à 11h48
Pour en savoir plus : http://tempsreel.nouvelobs.com

Najat Vallaud-Belkacem détaille les mesures pour réaffirmer les valeurs républicaines à l’école

Laïcité et valeurs républicaines, apprentissage de la citoyenneté, réduction des inégalités : la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a détaillé jeudi 22 janvier des mesures pour un coût de plus de 250 millions d’euros sur trois ans, au nom de la « mobilisation » de l’école pour la République après les attentats à Paris et les incidents qui ont suivi dans certains établissements.
L’école « ne tolère aucune remise en cause des valeurs de la République », a souligné Najat Vallaud-Belkacem, affirmant vouloir lutter contre le « repli identitaire », les « théories du complot », la « défiance » à l’égard des médias et le « péril du relativisme généralisé ».

Laïcité, enseignement moral et civique

L’accent est mis sur la laïcité. Un plan de formation continue exceptionnel va être mis en place pour « 1.000 premiers formateurs formés d’ici juillet » à « la laïcité et à l’enseignement moral et civique », selon le ministère. Par ailleurs, lors du concours de recrutement des enseignants, les candidats seront désormais « évalués sur leur capacité à faire partager les valeurs de la République ».

La ministre de l’éducation veut aussi sévir contre les comportements mettant en cause les valeurs de la République. « Ils seront systématiquement signalés au directeur d’école ou au chef d’établissement et seront suivis d’un dialogue éducatif avec les parents et, le cas échéant, d’une sanction disciplinaire », prévient Najat Vallaud-Belkacem, en promettant aussi de développer « un portail de ressources destinés à lutter contre le racisme et l’antisémitisme ».

 

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Najat Vallaud-Belkacem a mis l’accent sur la laïcité (photo AFP).
 

« La question de l’autorité à l’école se pose », a martelé la ministre, jugeant que la formation est inutile si les enseignants « continuent à être trop souvent perturbés dans leur enseignement ». Elle a donc promis qu’elle ne tolérerait « aucune faiblesse contre les comportements » qui « portent atteinte » aux enseignants, appelant à l’extension, parmi les sanctions, des travaux d’intérêt général.
Les rites républicains – hymne national, drapeau, devise – seront « expliqués » et « valorisés » afin de « rétablir l’autorité des maîtres ». Et une journée de laïcité sera célébrée chaque 9 décembre dans tous les établissements.

Un « nouveau parcours citoyen » de l’école élémentaire à la terminale s’articulera notamment autour du nouvel enseignement moral et civique, prévu dès la prochaine rentrée, d’une éducation aux médias et à l’information, ou encore de l’incitation à débattre et à argumenter dans les classes. « Le parcours citoyen sera évalué à la fin de la scolarité obligatoire selon des modalités qui seront définies au printemps », précise le ministère.
Des ressources seront produites sur « la pédagogie de la laïcité et pour l’enseignement laïque du fait religieux », ajoute le ministère sans préciser les modalités.
Autre annonce : la création d’une « réserve citoyenne » d’appui aux écoles et aux établissements dans chaque académie. Les bénévoles d’associations ainsi que les délégués départementaux de l’éducation nationale « seront notamment sollicités pour y participer ». La ministre veut aussi « associer pleinement les parents d’élèves ». Aussi, un comité départemental d’éducation à la santé et à la citoyenneté sera créé et les espaces parents seront développés. Ces comités locaux seront destinés à être « une instance de réflexion sur les protocoles de communication vis-à-vis des parents d’élèves lors des situations d’urgence ».

Lutter contre les inégalités

La maîtrise du français est « un chantier prioritaire ». Il y aura une évaluation du niveau des élèves en français en début de CE2.

« L’école républicaine, gratuite et laïque, est en première ligne, a déclaré le premier ministre Manuel Valls. Au fil des années, notre école a dévié de son cap. Elle reproduit les inégalités ». Pour mieux aider les enfants en situation de pauvreté, les fonds sociaux seront augmentés de 20 %, a annoncé Najat Vallaud-Belkacem.

Concernant les jeunes placés sous contrôle de la justice après un acte de délinquance et pour les jeunes détenus, le gouvernement lance « une mobilisation en faveur de la poursuite de l’enseignement et de l’acquisition des compétences fondamentales ». Enfin, face aux risques de repli chez les jeunes pouvant représenter un risque pour eux-mêmes et la vie collective, « un meilleur repérage » aura lieu avec « la formation renforcée des chefs d’établissements » et « le contrôle renforcé de l’instruction à domicile ».

Avec AFP
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Où est Mahomet ?

SophieGherardi

Un numéro historique de Charlie Hebdo continue de s’arracher dans tous les kiosques de France. Historique est ici à prendre au sens littéral, dans lequel  l’histoire est ce mouvement qui transforme les hommes, les ensembles, les puissances. Cette histoire est-elle «pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot, et qui ne signifie rien», pour reprendre la tirade fameuse de Hamlet ? En tout cas, elle nous emmène tous quelque part où nous n’étions pas auparavant.

Ce vendredi 16 janvier, jour de prière pour les musulmans, des prêcheurs échauffés ont expliqué aux fidèles, de par le monde, que Charlie Hebdo, une fois encore, insultait le prophète sur sa Une. Les douze personnes massacrées le 7 janvier à l’hebdomadaire satirique pèsent peu, pour certains, face à une telle accusation. Et «la rue musulmane» a une fois de plus résonné de cris de colère contre l’Occident : des drapeaux français ont été brûlés, des instituts français incendiés, il y a eu au moins quatre morts au Niger, un photographe de l’AFP a été grièvement blessé au Pakistan.

Les intégristes ont une excuse : ils n’ont certainement pas regardé cette Une de peur d’y voir un sacrilège. S’ils osaient lever les yeux avant de lever le poing, que verraient-ils ? Un personnage en turban blanc, sur fond vert islam, la larme à l’œil et tenant une pancarte «Tout es pardonné». Où est Mahomet sur cette Une ? Rien ne dit que c’est lui. D’ailleurs on serait bien en peine de le reconnaître puisqu’il n’est jamais représenté, en tout cas dans la tradition musulmane sunnite –les Persans chiites, eux, l’ont longtemps fait figurer sur leurs exquises miniatures.

Nous sommes bien là devant un problème de représentations, sans mauvais jeu de mot. Les commentateurs de l’islam le plus rigoriste – par exemple le courant wahhabite – poussent l’interdit de la représentation de Dieu jusqu’à l’extrême : Dieu, inconnaissable, ne peut être représenté ; par transitivité, le Prophète Muhammad (Mahomet) non plus ; par extension la figure humaine non plus ; et jusqu’aux animaux, créatures de Dieu. Dans cette logique, la photographie et les vidéos, si prisées de ceux qui se proclament djihadistes, ne semblent pas très  halal. Mais le dessin est une technique très ancienne, qui existait déjà au VIIe siècle, époque à laquelle disent se référer certains «docteurs de la loi» (oulémas) pour faire valoir au XXIe siècle un iconoclasme inflexible (l’iconoclasme est la destruction des images assimilées aux idoles adorées par les païens).

Les représentations, l’Occident chrétien en a aussi. Et elles méritent tout autant d’être prises en considération, décryptées et même respectées que celles de l’Islam (avec une majuscule, pour parler de l’aire culturelle musulmane). Voilà ce qu’un œil français voir sur cette Une de Charlie Hebdo, réalisée avec un courage impressionnant par des gens épouvantés, endeuillés, parfois blessés quelques jours auparavant. Il y voit un message foncièrement fraternel. L’homme au turban blanc, un musulman standard selon les codes simplifiés du dessin de presse, loin de faire peur ou d’éloigner, rapproche par sa compassion : il pleure, et il pardonne.

Ce «Tout est pardonné» est une parole chrétienne. Il est impossible de l’ignorer, même si la miséricorde n’est pas une exclusivité chrétienne. Surgi sous le crayon de Luz dans le pire moment de souffrance, ce pardon montre que les caricaturistes, y compris les athées et les anticléricaux de Charlie Hebdo, appartiennent à cette culture chrétienne où l’injonction « pardonne à tes ennemis » est profondément inscrite dans les consciences – ou les inconscients. Là où beaucoup de musulmans, y compris en France, voient une provocation, la plupart des Français, et parmi eux des musulmans, voient un geste de réconciliation, une main tendue. Pardonner malgré notre propre colère, c’est ce qui nous est présenté comme la bonne chose à faire – tant dans l’éducation laïque que dans l’éducation religieuse.

Comme disait Catherine Nay sur Europe 1 ce samedi matin, les pays musulmans ne comprennent pas que nous ne comprenions pas ce qu’ils ressentent. De notre côté, nous ne comprenons pas qu’ils ne comprennent pas ce que nous ressentons. L’histoire est faite de ces moments. Dans notre intérêt à tous, il ne faut pas en sous-estimer le danger. En ce sens, la présence de hauts représentants musulmans ou de pays musulmans à Paris dans la marche des «Je suis Charlie», ne doit pas être ridiculisée ou minimisée. Le roi et la reine de Jordanie, les imams français ou le ministre des affaires étrangères turc, en défilant à Paris contre le terrorisme paré du nom d’Allah, ont pris, eux aussi, des risques.

Sophie Gherardi | le 17.01.2015 à 14:55
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Le pape François dresse un catalogue sévère des maladies qui menacent la Curie

PapeFrancois

Cité du Vatican – Le pape François a dressé lundi un catalogue de quinze maladies qui menacent le haut clergé, et plus particulièrement la Curie, dans une discours d’une sévérité sans précédent condamnant la mondanité, l’hyperactivité, les rivalités, les bavardages, les calomnies, et la zizanie.

Ce discours annuel de voeux aux membres de la Curie (le gouvernement de l’Eglise), dans lequel il les a conviés à un vrai examen de conscience, avait lieu dans le cadre très solennel de la Salle Clémentine au Vatican, devant les cardinaux réunis dans un grand silence.

Ensuite, dans l’immense Salle Paul VI, Jorge Bergoglio a innové en saluant, dans une ambiance au contraire très festive, les employés du Vatican et leurs familles. Il a rendu hommage aux invisibles qui permettent au Vatican de fonctionner jour après jour.

Mais auparavant, après avoir brièvement remercié cardinaux et évêques pour les services rendus dans l’année écoulée, le pape argentin a estimé que, comme tout corps humain, le Curie souffrait d’infidélités à l’Evangile et était menacée de maladies, qu’il fallait apprendre à guérir.

Il a alors exposé un catalogue de ces maladies, pour que la Curie devienne chaque jour plus harmonieuse et unie.

Il en a cité quinze, employant des formules-choc comme l’Alzheimer spirituel, la fossilisation mentale et spirituelle, le coeur de pierre, le terrorisme des bavardages, la schizophrénie existentielle , le narcissisme faux, la planification d’expert-comptable, les rivalités pour la gloire, les faces funèbres, l’orchestre qui émet des fausses notes…

La guérison est la fruit de la prise de conscience de la maladie, a conclu le pape, en appelant les évêques et cardinaux à laisser l’Esprit saint inspirer leurs actions, à ne pas vouloir le domestiquer, et à ne pas compter seulement sur leurs dons intellectuels ou organisationnels.

Il y a toujours la tentation de se sentir immortel, a-t-il observé, conseillant aux prélats d’aller dans les cimetières où sont tant de personnes qui se considéraient indispensables. Il leur a aussi conseillé, lui qui ne prend jamais de vacances, d’éviter la maladie de la suractivité de ceux qui s’enfouissent sous les dossiers.

Certains autres dépendent totalement de leurs passions, caprices et manies, ils se construisent des murs autour d’eux, devenant de plus en plus esclaves d’idoles, a-t-il critiqué.

Les prêtres sont comme des avions. Ils font la une quand ils tombent, a-t-il noté, sans jamais mentionner aucun fautif en particulier.

Fustigeant particulièrement la calomnie, qui peut équivaloir à un homicide de sang froid, il a évoqué notamment le cas passé au Vatican d’un prêtre qui appelait les journalistes pour raconter et inventer des choses privées sur ses confrères. Pour lui, ce qui comptait c’était d’être sur la première pages des journaux, et de se sentir puissant, le pauvre!

Après ce discours reçu comme une douche froide, François a salué un à un les cardinaux, dans une ambiance lourde, malgré les amabilités de façade.

François, qui a expliqué à plusieurs reprises qu’il se sentait quelquefois anticlérical, a engagé depuis son élection en mars 2013 une profonde réforme de la Curie, qui se heurte à de nombreuses oppositions internes et suscite de nombreuses inquiétudes. Cette réforme en cours ne devrait pas se conclure avant 2016.

La fin du pontificat de Benoît XVI avait révélé l’étendue des intrigues, du carriérisme, et des manoeuvres dans le dos du pape.

(©AFP / 22 décembre 2014 12h50)

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La radicalisation religieuse, exutoire des frustrations arabes et occidentales

Beyrouth – L’irruption spectaculaire du groupe État islamique et l’incroyable attrait que représente la cause jihadiste dans un Occident désabusé illustrent la place centrale qu’occupent les religions dans la géopolitique mondiale.
 Combattants-kurdes-se-rassemblent-dans-une-rue-de-la-ville-de-kobane-assiegee-par-des-membres-du-groupe-etat-islamique-le-7-novembre-2014
Des combattants kurdes se rassemblent dans une rue de la ville de Kobané, assiégée par des membres du groupe Etat islamique, le 7 novembre 2014 – afp.com/Ahmed Deeb

 

Après des décennies de dictatures paralysantes, le Moyen-Orient, berceau des trois religions monothéistes, a vécu de nouveaux bouleversements stupéfiants en 2014, mais les résultats du Printemps arabe restent maigres.

S’ajoutant aux énormes frustrations nées de l’impasse sur la question palestinienne, du développement économique anémique et de la corruption endémique, les espoirs déçus du nationalisme arabe ont favorisé dans la région l’incroyable montée d’un projet islamiste qui affirme être capable d’offrir une autre voie.

Le vrai tournant a été l’invasion américaine de l’Irak en 2003. « Elle a exacerbé la ligne de fracture confessionnelle (entre chiites et sunnites), placé l’Iran comme acteur majeur dans le monde arabe et suscité un fort sentiment de vulnérabilité chez les sunnites au Levant« , estime Raphaël Lefèvre, chercheur au Carnegie Middle East Center.

« La montée de l’EI, du Front al-Nosra et d’autres groupes extrémistes sunnites ne peut être perçue qu’à la lumière de cette vulnérabilité« , dit-il, en citant le poids militaire du chiite Hezbollah au Liban et en Syrie, la répression d’une révolte largement sunnite en Syrie par un régime dominé par les Alaouites, et le comportement discriminatoire en Irak du pouvoir chiite.

L’ascension fulgurante de l’islamisme a été favorisée par l’échec du nationalisme arabe, qui voulait transcender les religions mais qui s’est incarné dans des régimes laïques autoritaires. L’échec des guerres contre Israël ainsi qu’une situation économique désastreuse ont finalement eu raison de cette idéologie.

« Ensuite, les accords (de paix) d’Oslo en 1993 (signés entre l’OLP et Israël) ont causé un choc car on ne pouvait plus combattre pour la cause palestinienne. Il n’y avait plus de cause, ce qui explique cet attrait pour l’islamisme« , explique Nayla Tabbara, professeur de sciences des religions à l’Université Saint Joseph de Beyrouth.

– Fuite des chrétiens d’Orient –

La radicalisation islamique a eu des conséquences désastreuses sur la présence deux fois millénaire des chrétiens en Orient, notamment après la prise par l’EI de la ville irakienne de Mossoul, où ils vivaient depuis l’Antiquité.

« Il y a une grande peur et une grande incompréhension des chrétiens au Liban et dans les pays alentours. Ceci les pousse à la fuite« , assure Mme Tabbara.

Selon l’expert français Fabrice Balanche, au moins 700.000 à 800.000 chrétiens ont quitté l’Égypte, la Syrie et l’Irak depuis 2011.

La religion, qui a toujours été une importante force socio-culturelle au Moyen-Orient, a également gagné du terrain en Israël et chez les Palestiniens.

« Il y a incontestablement une radicalisation et un durcissement, mais qui sont moins religieux à proprement parler que nationalistes« , assure à l’AFP l’historien israélien Zeev Sternhell.

« La religion est au service d’un nationalisme dur et colonisateur à outrance; elle a aujourd’hui un caractère fanatique inconnu dans le passé. Religion et nationalisme vont de pair« , précise-t-il.

Quant à la cause palestinienne, assure Mme Tabbara, qui préside également Adyan, une plate-forme de dialogue interreligieux basée au Liban, « l’islam politique l’a récupérée en insistant sur le sentiment d’injustice généralisée non seulement de la part d’Israël mais de la communauté internationale« .

– Besoin du sacré –

Mais la nouveauté radicale est la force d’attraction que représente l’organisation Etat islamique en Occident. Selon une étude récente, près de 15.000 combattants étrangers ont rejoint ce groupe en Syrie, dont 20% d’Occidentaux.

« Parce que ces jeunes y trouvent ce que nos sociétés n’offrent plus, le frisson lié au combat pour une cause qui leur fait croire qu’ils ont un pouvoir sans limite, un pouvoir divin« , explique à l’AFP l’anthropologue et psychologue Scott Atran, directeur de recherche au CNRS français et professeur adjoint à l’université du Michigan (Etats-Unis). « C’est glorieux et aventureux. Le sentiment de pouvoir changer le monde est très attirant« .

« Il faut donner un sens à sa vie, on a besoin du sacré. Comme cela n’existe plus en Occident, on va le chercher là où il est très apparent. Il y a aussi une quête de communauté et de fraternité. C’est ce sentiment qui pousse les jeunes à entrer dans ces mouvements« , précise Nayla Tabbara.

Par AFP, publié le

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